La nouvelle est tombée, et il a fallu un moment pour que la phrase se concrétise dans les esprits : François Warlet nous a quittés.
On ne sait par où commencer. On voudrait tout dire d’un coup, et l’on sait pertinemment qu’aucune formule n’y suffira. Aussi est-il préférable de revenir à ce que l’on a vu, à ce que l’on a entendu, à ce que François lui-même a confié au fil des années.
Mars 2014. Je bouclais un numéro de Flash Aïkido qui n’était pas un numéro comme les autres. En couverture, François. À l’intérieur, plusieurs pages d’un entretien que je venais de mener avec lui à l’occasion de sa nomination au titre de Shihan. En relisant les épreuves, je m’étais aperçu que ce que j’avais sous les yeux ne se résumait pas à une interview de circonstance. C’était une voix. Une voix posée, économe de mots, qui ne cherchait pas à s’imposer mais qui ne lâchait jamais le fil.
Cette voix-là, beaucoup d’entre nous l’avaient écoutée pendant des années sans véritablement l’entendre. François avait toujours fait partie du paysage de l’AFA. Aux stages, à la commission des grades, en éditorial dans le magazine qu’il avait porté avant que nous n’en reprenions le flambeau. On le saluait, on lui demandait son avis, on le respectait par habitude.
Aujourd’hui, l’habitude cède pour de bon. Et c’est avec ses propres mots, repris au fil de plusieurs entretiens, qu’il convient de commencer.
Avant le tatami
Avant l’Aïkido, François n’était pas un débutant en discipline physique. Nageur de compétition depuis l’âge de six ans, joueur de water-polo en division d’honneur, il avait passé vingt et un ans dans les bassins lorsqu’un jour, en sortant de la piscine, il aperçut des pratiquants en kimono et hakama. Parmi eux, un copain qui habitait la même commune que lui.
Il l’a raconté lui-même, dans le long entretien qu’il avait accordé à Flash Aïkido, repris ensuite par Aiki-wiki et par Aïkido Journal sous la plume d’Horst Schwickerath : « J’avais nagé sans interruption depuis l’âge de 6 ans jusqu’à 21 ans. Un jour, en sortant de la piscine, j’ai vu des gens en kimono et hakama, et parmi eux j’ai reconnu un copain qui habitait la même commune que moi. Depuis ce jour-là, j’ai arrêté la natation et j’ai commencé l’Aïkido. »
Ses premiers pas, il les fit à la piscine de Verviers, au deuxième étage, chez M. Biérin. Les cours étaient le plus souvent assurés par un certain Dany Leclerre. Six à huit mois plus tard, François suivit Dany vers le nouveau dojo de Herstal, où il allait enseigner et pratiquer pendant près de trente ans, en parcourant à chaque fois vingt à vingt-cinq kilomètres depuis chez lui, à Dison.
Vingt et un ans de natation, et puis cet arrêt net, sans transition ni regret. La même rectitude qui allait traverser son Aïkido toute sa vie était déjà là, à la sortie d’une piscine de Verviers.
Les trois maîtres
Lorsqu’on lui demandait qui l’avait façonné, François répondait sans hésiter, et toujours dans le même ordre : Tamura, Sugano, Tissier. Il l’avait redit dans nos pages en 2014 comme dans tous les entretiens qu’il avait accordés : « Mon Aïkido reflète un peu de chacun de ces grands maîtres. »
Maître Nobuyoshi Tamura, d’abord. C’est devant lui que François passa son shodan, à Bruxelles. Le souvenir qu’il en gardait était celui d’un maître exigeant et sobre, dont une seule phrase aura suffi à orienter son rapport au grade pour le reste de sa vie : « La ceinture, ça sert à attacher son kimono. » François cita cette phrase pendant quarante ans. Il la rappelait dès que l’on évoquait devant lui une hiérarchie, une promotion, un titre.
Il aimait également raconter une autre anecdote, qui disait à elle seule le rayonnement physique de Tamura : « À l’image de Sensei Tamura, qui du haut de ses soixante kilos me donnait l’impression de n’être qu’une feuille de papier. À contrario, j’étais incapable de le déplacer, comme si j’étais face à un rocher. Cela m’a toujours sidéré. » Cette image de la feuille de papier, il y revenait souvent. Elle résumait ce qu’il cherchait dans la pratique : la puissance sans la force, la présence sans la masse.
Maître Seiichi Sugano, ensuite. Résident en Belgique durant huit années, il sillonna les dojos belges et marqua toute une génération avant de partir pour l’Aikikai de New York. François et Dany Leclerre le suivirent assidûment. Ces années furent denses, et c’est autour de la présence japonaise constante de Sugano que se structura, pour beaucoup d’entre nous, ce qu’allait devenir l’Aïkido de l’AFA.
Maître Christian Tissier, enfin. François et Dany prirent l’habitude de partir une fois par mois pour Vincennes, très tôt le matin en voiture, afin de passer la journée sur les tatamis parisiens. « Que d’heures de route, disait-il, pour quatre heures de pratique tous les mois. » Vingt années de fidélité à ce rythme. Lorsqu’il en parlait, son admiration ne se tempérait jamais : « Avec Christian, j’ai pu voir et suivre ses explications détaillées et sa pédagogie tellement limpide. Sa méthode est globale. »
À ces trois figures centrales, il associait régulièrement ceux qui avaient compté à d’autres titres : Suzuki San, premier instructeur japonais résident envoyé par Tamura ; Osawa Sensei, « dont la barrière de la langue n’existe plus tant ses expressions sont limpides » ; Yasuno Sensei, pour son « dégagement d’énergie et sa méthode explosive » ; Seki, Chiba. Quant aux élèves de Christian Tissier que sont Bernard Palmier, Bruno Gonzalez et Pascal Guillemin, c’est grâce à François et à Dany qu’ils sont venus enseigner régulièrement dans nos dojos.
Herstal, trente ans
Certains chiffres se passent de commentaire. Trente ans en est un. Trente ans à l’Aïkikaï de Herstal, aux côtés de Dany Leclerre. Trente ans à parcourir vingt à vingt-cinq kilomètres pour aller donner cours, soir après soir. Trente ans à voir des élèves arriver enfants et repartir adultes, à faire passer des grades, à fermer le dojo et à recommencer la semaine suivante.
François et Dany évoquaient cette époque comme celle des « jeunes chiens fous ». Ils s’échauffaient parfois sur la piste d’obstacles du centre sportif de la Fabrique Nationale de Herstal avant les entraînements. La pratique était rude, dynamique, physique. « Nous avions, à l’époque, Dany et moi, une réputation de pratiquants assez durs dans le petit monde de l’Aïkido belge. » Avec les années, ils se sont remis en question, ont appris à ne plus confondre force et puissance, ont travaillé à la décontraction et au sens du moment juste. Ils ont créé un dojo qui a traversé les modes, les changements de génération et, en bout de course, l’usure des corps.
En 2018, à l’occasion des trente ans du club, l’Aïkikaï de Herstal a réuni les trois Shihan de l’AFA sur un même tatami : Dany Leclerre, François Warlet, Louis Van Thieghem. La photographie de ce stage anniversaire, qui a circulé à l’époque dans la communauté, dit en une seule image ce qu’aucun texte ne dira tout à fait : la fidélité.
Herstal n’était pas un lieu prestigieux au sens où l’on entend habituellement ce mot. C’était un lieu fidèle. Et la fidélité, dans une discipline qui se construit à la décennie plutôt qu’au trimestre, est sans doute la plus rare des qualités.
Le bâtisseur
François fut un grand technicien, on l’a souvent rappelé. On a peut-être moins parlé de l’autre dimension, celle qui ne se voyait pas sur le tatami mais qui exigea, elle aussi, des années : François fut un bâtisseur d’institution.
En 1982, lorsque les lois sportives belges scindèrent la fédération unitaire en deux entités linguistiques, c’est lui, aux côtés de Dany Leclerre et de quelques autres, qui posa les fondations de l’AFA. Il le racontait simplement : « On ne voulait pas se scinder, mais légalement il fallait appartenir à une région linguistique. À partir de ce moment-là, comme on était très proche de l’Aïkikaï, on a commencé à inviter des senseis de l’Aïkikaï et on a toujours suivi cette ligne. » Quarante années plus tard, c’est ce choix-là qui permet encore à l’AFA d’exister comme une fédération reconnue par l’ADEPS, affiliée au Belgian Aïkikaï, membre de la Fédération Internationale d’Aïkido et du centre mondial de Tokyo.
François devint l’éditeur responsable de Flash Aïkido. Dans les anciens numéros archivés sur le site de la fédération, on trouve son nom en colophon et ses coordonnées en page contact. Il signait des éditoriaux, il relisait, il assurait le lien avec l’imprimeur. Pendant des années, le magazine porta sa rigueur en filigrane. Lorsque l’on hérite d’un tel travail, on en mesure le poids et la discrétion : ni fonction prestigieuse, ni poste enviable, mais un service rendu à la communauté, numéro après numéro.
À la Commission Fédérale des grades, il accomplit le même travail de fond. Maître de stage à l’ADEPS, il forma des cadres. Il représenta l’AFA à Fès en avril 2018, lors du quatrième Meeting International d’Aïkido, aux côtés de Dany Leclerre, Luc Deweys et Benoît Toutotte. Il avait fait deux voyages au Japon, et chacun fut l’occasion d’un passage par le Hombu Dojo : « La visite à l’Aikikai est quelque chose à vivre au moins une fois dans sa carrière en Aïkido pour s’imprégner de cette ambiance. » Lors de l’International Aikido Celebration organisée en Belgique en 2016, c’est encore lui qui figurait sur l’embukai officiel filmé par la fédération et archivé sur sa chaîne YouTube.
Sa formule sur la rigueur disait quelque chose de sa manière de bâtir : « L’Aïkido n’est pas une danse mais une discipline martiale, ce qui induit une certaine intensité dans le mouvement. » L’AFA non plus n’était pas une danse.
Le pédagogue
Lorsqu’on l’écoutait parler d’enseignement, quatre principes revenaient invariablement, formulés avec la même netteté que dans l’entretien repris par Aïkido Journal ou dans les pages que nous lui avions consacrées en 2014.
Le premier était la rigueur technique. « La rigueur technique m’a attiré dans l’Aïkido et c’est toujours elle qui me guide aujourd’hui. » Tout partait de là : la précision du placement, la justesse du geste, la cohérence du déplacement. La technique pour la technique, le geste pour le geste, n’avaient pas de sens à ses yeux.
Le deuxième tenait au travail des armes. « Savoir travailler aux armes vous permet d’améliorer votre travail en Aïkido. Aux armes on ne peut pas travailler avec les coudes à l’extérieur, il faut rester centré, il y a une rectitude du corps. » Les armes ne constituaient pas pour lui un supplément : elles étaient un révélateur. Ce qu’elles imposaient au corps, le corps devait ensuite l’apporter au taijutsu.
Le troisième principe portait sur les valeurs, qu’il plaçait avant la technique. Sa formule sur les jeunes a marqué tous ceux qui l’ont entendue : « Ce qui me perturbe le plus chez les jeunes, c’est d’abord qu’avant de leur apprendre quoi que ce soit, il faudrait leur apprendre à mettre des zooris, à respecter les lieux, à saluer, à dire bonjour et merci. » On peut en sourire ; on peut aussi en saisir le sens profond. Pour François, l’Aïkido n’était pas une technique que l’on plaquait sur un comportement préexistant. C’était l’inverse : le comportement constituait le terrain sur lequel la technique pouvait pousser.
Le quatrième principe, enfin, concernait l’uke. « Moins l’uke sera complaisant, plus il faudra se remettre en question dans le geste. Bien souvent, au sein de mon dojo, si l’un de mes élèves travaille en force, je parviendrai à passer mon mouvement sans effort. » La formule paraît froide ; elle dit pourtant tout de son rapport à la pédagogie. On ne progresse pas en étant flatté ; on progresse en étant éprouvé.
Au fil de ces décennies d’enseignement, des élèves se sont formés à ses côtés et lui sont restés fidèles. Parmi eux, François citait volontiers Dimitri Crenier, qu’il avait connu enfant aux cours kodomo et qu’il a accompagné jusqu’à son quatrième dan devant Christian Tissier : « Son examen était plus que magnifique. La plus grande part de ce succès lui revient entièrement, mais j’ose croire que si je ne l’avais pas aiguillé correctement, il ne serait peut-être pas parvenu à ce résultat époustouflant. Je suis fier de lui avoir transmis la rigueur et le sérieux dans la pratique. » Le verbe transmettre, chez François, ne sonnait jamais en l’air.
Shihan, le refus initial
Mars 2014, assemblée générale de l’AFA. L’Aikikai de Tokyo annonçait que François Warlet était élevé au rang de Shihan.
Celui que l’on vit ce jour-là n’était pas un homme triomphant. C’était un homme embarrassé. Quand je l’interviewai peu après pour le magazine, il m’expliqua qu’il avait d’abord refusé que Frédéric, le président de l’AFA, introduise son dossier auprès du Hombu Dojo : « Pour des raisons personnelles, j’avais refusé la proposition de notre président d’introduire mon dossier. Dans le respect des traditions, je n’ai jamais demandé un grade, un titre ou toute autre marque de distinction. J’ai toujours attendu que les événements surviennent naturellement avec le temps. »
Cette réaction n’était pas une posture. Tous ceux qui le connaissaient l’avaient reconnue d’emblée. Elle descendait en droite ligne de la phrase de Tamura sur la ceinture. Elle s’enracinait également dans une conviction qu’il avait formulée bien avant le Shihan : « Pour moi, le grade c’est très facultatif, c’est une reconnaissance, mais ça s’arrête là. » Et plus encore : « Les grades ne sont pas un but, mais une conséquence qui arrivera par la force des choses. Et pour cela, il n’y a qu’un seul chemin : la persévérance dans la durée. »
Frédéric et Dany Leclerre soumirent néanmoins son dossier à Tokyo. Ce qui, finalement, le décida à accepter le titre, ce furent deux choses, qu’il a confiées dans l’entretien. La première, tournée vers la fédération : « Cet honneur rejaillit sur tous les pratiquants de l’AFA. » La seconde, plus intime, tournée vers ses compagnons : « Je suis même fier de rejoindre Dany, Louis et Jacques en tant que Shihan, car nous avons parcouru tellement de tatamis ensemble que ce n’est finalement qu’une suite logique. Nous sommes tous de la même génération et nous formons vraiment un groupe. » Il n’a pas accepté pour lui. Il a accepté pour la fédération, pour ses élèves, pour Dany, pour la lignée. C’est très précisément ce que l’on attend d’un Shihan, et c’est très précisément la raison pour laquelle Tokyo le lui a décerné.
La fraternité et le tissu social
On ne peut écrire sur François sans écrire aussi sur Dany Leclerre, Louis Van Thieghem et Jacques Horny. C’est une génération, non un individu. Quatre hommes qui ont tenu l’AFA debout pendant quatre décennies, qui ont enseigné dans tous les dojos francophones de Belgique, qui ont formé les cadres actuels et qui ont représenté la fédération à l’extérieur.
Le Conseil Supérieur de l’AFA, c’est eux. Les annonces officielles, sur aikido.be comme sur belgianaikikai.be, les nommaient toujours dans le même mouvement : « Dany Leclerre Shihan, François Warlet Shihan, Louis Van Thieghem Shihan ». Aucun ne se mettait en avant tout seul. Aucun n’omettait de citer les autres. Cette pudeur ne relevait pas d’une stratégie : elle relevait d’une éthique. On ne tient pas une fédération à plusieurs en tirant la couverture à soi.
François en a donné lui-même la formulation la plus juste : « Grâce à l’Aïkido, j’ai pu voyager et surtout me forger de nombreuses amitiés un peu partout, qui perdurent encore aujourd’hui. Celui qui ne pratique l’Aïkido que sur le tatami passe à côté de la véritable richesse de la pratique. L’Aïkido est un tissu social. »
Tissu social : la formule peut sembler simple, elle est exigeante. Elle suppose des amitiés qui durent quarante ans, des voyages en commun, une parole donnée et tenue, une fédération que l’on porte ensemble, des élèves que l’on accompagne jusqu’à leur quatrième dan.
Aujourd’hui, c’est à Dany, à Louis, à Jacques, et à tous ceux qu’il a formés, qu’il revient de prolonger ce tissu.
L’homme
Reste une dernière chose, qui ne relève pas des titres et qui pourtant dit beaucoup.
Depuis quelques années, François composait avec ses épaules, qui le limitaient. Il en parlait sans dramatisation : « Je ne peux plus pratiquer aujourd’hui autant que par le passé. Je reste aussi actif qu’auparavant pour animer mes cours, mais je ne puis être présent à tous les stages importants comme au bon vieux temps. » Il avait adapté sa pratique. Il continuait d’enseigner. Il continuait de monter sur le tatami.
Cette limitation ajoutait quelque chose au portrait. Elle rappelait que, à un moment donné, le corps cesse de suivre comme on le voudrait, et qu’il faut alors choisir : arrêter, ou changer de manière de pratiquer. François avait choisi la seconde voie. Ce qu’il transmettait en fin de parcours n’était plus tout à fait ce qu’il transmettait à quarante ans, mais c’était sans doute plus essentiel encore : la patience, la précision, la justesse du geste qui ne dépend plus de la force.
À mesure que le corps demandait des aménagements, une autre passion avait pris dans sa vie d’aïkidoka une place toujours plus visible : la photographie numérique. Aux stages fédéraux comme aux stages internationaux de l’AFA, on avait pris l’habitude de croiser François appareil à la main, attentif aux gestes des autres, aux visages, à la lumière des dojos, aux instants qui passent. Les nombreux clichés qu’il a rapportés de ces rencontres ont circulé dans la fédération, sans signature ostentatoire, sans recherche d’effet. C’était une autre manière de demeurer présent sur le tatami sans toujours l’occuper. C’était aussi, à sa façon, prolonger son rôle d’éditeur : montrer, archiver, donner à voir ce que la fédération produisait stage après stage. Une mémoire visuelle, patiente, qui venait compléter la mémoire écrite qu’il avait portée pendant tant d’années dans le magazine.
Le Shihan, en définitive, c’était cela aussi : quelqu’un qui avait pratiqué assez longtemps pour avoir traversé plusieurs Aïkidos en lui-même, et qui savait pourquoi chacun avait eu sa place.
Ce qu’il nous laisse
Au fil de son grand entretien, François avait glissé une phrase qui résume l’essentiel : « Quand j’ai eu mon 1er dan, j’étais fier comme Artaban, mais avec l’âge, ce qui compte c’est le plaisir de la pratique et le plaisir de la rencontre. »
Plaisir de la pratique. Plaisir de la rencontre. Et rien d’autre. Ni conquête, ni trophée, ni reconnaissance recherchée pour elle-même.
À ceux qui débutaient, il n’offrait qu’une consigne, qui est la plus difficile de toutes : persévérer. « L’Aïkido est une discipline complexe qui demande beaucoup de temps et de répétitions pour en percer les subtilités. Pratiquer pour viser un grade ou un statut est une erreur. Les grades ne sont pas un but, mais une conséquence qui arrivera par la force des choses. Et pour cela, il n’y a qu’un seul chemin : la persévérance dans la durée. »
C’est cela qu’il nous laisse : non un style, non une école, mais une manière d’être présent, longtemps, sans bruit, et de servir une discipline en lui demeurant fidèle. Cela, et, dans nos archives fédérales, des centaines d’images qui continueront longtemps à témoigner du regard qu’il portait sur nous.
Tamura et Sugano l’avaient précédé. Aujourd’hui, c’est à nous, ses cadets, ses élèves, ses compagnons de tatami, qu’il revient de continuer la pratique qu’il a portée jusqu’au bout.
Merci François.


